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Formation professionnelle

31 janvier 2022

« Les tiers-lieux d’apprentissage, un concept à développer » (Afref)

Des appels à manifestation d’intérêt sur la création et le soutien de tiers-lieux d’apprentissage seront lancés par le gouvernement et relayés par les régions dès la fin du premier trimestre 2022, a indiqué la Haut-commissaire aux compétences.

« Développer les tiers-lieux d’apprentissage, c’est tout à la fois un objectif démocratique, social, et économique pour les territoires, a expliqué Carine Seiler, Haut-commissaire aux compétences, lors de la matinée Afref du 20 janvier, suivie par 120 personnes. Selon elle, il s’agit de faire de la formation un réflexe partagé par un plus grand nombre de citoyens, alors que la formation fait peur à ceux qui sont le plus éloignés de l’emploi, et notamment dans les zones rurales. « Il faut banaliser le recours à la formation sans rendre la formation banale, affirme-t-elle.

Créer des tiers lieux de formation pour ces personnes c’est viser moins d’abandon de formation. Démythifier la formation participera à nous faire basculer dans société de la connaissance ». D’où le lancement d’appels à manifestation d’intérêt sur la création et le soutien de tiers-lieux d’apprentissage par le gouvernement et relayés par les régions dès la fin du premier trimestre 2022 : opération qui bénéficie d’un budget de 50 millions d’euros.

Hyper proximité

Le terme « tiers-lieu » originaire des Etats-Unis, provient de l’anglais « third place ». Le tiers-lieu est défini au départ par le sociologue Ray Oldenburg à la fin des années 80, de manière simplifiée, comme un lieu où les personnes se plaisent à sortir et se regrouper de manière informelle, situé hors du domicile (first-place) et de l’entreprise (second-place).

« Qu’il soit espace de coworking, fablab, friche culturelle, maker space… un tiers-lieu est un lieu qui mutualise des outils, des services, hybride des activités et par la même innove, crée et favorise l’émergence de nouvelles activités économiques en hyper-proximité. Ce sont des lieux du faire ensemble où on y partage, au-delà des espaces, des projets, des expériences ou encore des compétences », a précisé Yolaine Proult, délégué général de France Tiers lieux, structure de suivi et de développement.

2,2 millions d’usagers

Selon cette dernière, 2 500 tiers-lieux étaient comptabilisés fin 2021, ils étaient 1 800 fin 2018 et devraient être 3 500 fin 2022. 52 % d’entre eux se situent hors métropoles, là justement où les infrastructures pédagogiques sont faibles ou inexistantes. 2,2 millions de personnes sont déjà venues dans un tiers-lieu pour y travailler ou réaliser des projets.

En termes d’activité formation, il ressort que 60 % des tiers-lieux offrent de la formation et que 43 % travaillent avec des organismes de formation. Ainsi 134 000 personnes y ont bénéficié d’une formation en 2019. Les plus prisées étant la fabrication, l’usage et les métiers du numériques (28%), l’entrepreneuriat (25%) et communication-marketing-management (20%).

Au vu de ces pratiques positives, Carine Seiler espère que l’appel à projet débouchera sur « un maillage territorial en hyper proximité, de lieux d’expérimentation ouverts aux acteurs de la coopération et de l’innovation dans les territoires ».

Etat stratège

« C’est très enthousiasmant sur les objectifs comme sur les populations concernées, a conclu Olivier Las Vergnas, professeurs de sciences de l’éducation à l’université de Nanterre, et qui fut le pilote de l’installation de la Cité des métiers de La Villette. L’idée n’est pas nouvelle, pleins d’exemples ont été initiés localement depuis des années, mais le sujet est ranimé par la volonté de l’Etat d’être stratège en la matière et de mettre de l’argent sur la table ».

Néanmoins, selon lui, « une inquiétude porte sur la complexité de la mise en œuvre, et la difficulté de décloisonner ». « Pour ne pas noyer l’outil et désespérer », il faut clarifier le vocabulaire et les objectifs, impulser une « hybridation empathique » entre tiers lieux et organismes de formation au sens large, et développer des têtes de réseau travaillant ensemble sur des objectifs partagés. « Si je puis me risquer à quelques conseils à la Haut-commissaire aux compétences, a ajouté Olivier Las Vergnas, il faut financer de l’ingénierie commune pour les organismes de formation et les structures qui partagent un esprit tiers-lieu, labelliser certaines initiatives avec prudence, et tenter de faire émerger une nouvelle génération de tiers-lieu aux seins même des organismes de formation ».

Laurent Gérard (Centre inffo pour Défi métiers)

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